Bienveillance et compassion – Matthieu Ricard

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Au travail, comment peut-on être inconditionnellement bienveillant face à des collègues qui nous irritent ?

Les différents sont bien souvent des tempêtes dans un verre d’eau. Ce qui aide beaucoup face à une personne désagréable, c’est de prendre de la hauteur. Face à ses émotions, le simple fait de rester cinq minutes avec soi-même, de laisser reposer son esprit et de se demander si l’agressivité est la solution apaise l’orage. La solution passe d’abord par le dialogue : toutes les études montrent qu’ouvrir son cœur, exprimer ce qu’on ressent est la meilleure façon de diminuer l’animosité. Dans tous les cas, il faut adopter la voie de la non-confrontation, tout en restant ferme et en faisant valoir ses droits. Cette attitude est toujours payante sur le long terme et finit par éroder la carapace des esprits chagrins.

Les religieux développent leur compassion à travers la méditation et la prière. Devrions-nous tous en faire autant ?

(Rires) Il faut démythifier ce concept, trop lié aux techniques orientales. Méditer signifie, en sanscrit, cultiver et, en tibétain, se familiariser. Je propose de considérer la méditation comme un entraînement de l’esprit. Des études menées dans des laboratoires de neurosciences montrent que, pratiquée de façon régulière, la méditation modifie la structure du cerveau et notre manière de penser. De la même manière que la pratique sportive modifie en profondeur- notre santé et notre psychisme. Dans mon livre, j’explique quatre techniques assez simples. Toutes font appel à l’attention portée aux mouvements du souffle. Chacun peut ensuite entraîner son esprit à la compassion, en se concentrant sur la souffrance d’un être cher, en visualisant les sentiments qu’on porte à un être aimé, avant d’étendre mentalement ces pensées bienveillantes à un cercle plus vaste.

A la maison et à l’école, est-ce un outil qui permet d’éviter les conflits?

Je vais vous raconter une histoire que j’aime beaucoup. C’est une école maternelle, dans le Wisconsin, où des enfants de 4 ou 5 ans, généralement issus de milieux défavorisés, apprennent à se concentrer sur le va-et-vient de leur souffle et sur les mouvements d’un petit ours en peluche posé sur leur poitrine.

Puis ils vont observer comment poussent les  » graines de paix  » qu’ils ont plantées. De quoi ces plantes ont-elles besoin pour pousser ? Et -par association d’idées – de quoi l’amitié a-t-elle besoin pour progresser?

L’enseignant les aide ensuite à comprendre que ce qui les rend sereins est aussi ce qui rend sereins leurs petits camarades. Ce programme expérimental, conduit en trois séances hebdomadaires d’une demi-heure, a modifié de façon notable le comportement de ces enfants.

Après dix semaines, ils pratiquaient spontanément des actes de bonté, ils identifiaient mieux leurs émotions et celles des autres élèves et savaient exprimer de la gratitude à autrui. Incroyable, n’est-ce pas?

Lorsque ces résultats ont été portés à la connaissance du dalaï-lama, il a eu ce commentaire :  » Une école, dix écoles, cent écoles, puis, par l’intermédiaire des Nations unies, les écoles du monde entier…  » Est-ce que j’ai répondu à votre question? »

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